L'arrivee au Tadjikistan s'est faite depuis le poste frontiere de Penjinkent. Un poste frontiere qui se resume a deux cabanes de fortune, espacees l'une de l'autre de quelques metres symboliques. Les rumeurs les plus folles circulaient de voyageur en voyageur sur la corruption des douaniers ouzbeks, qui n'hesiteraient pas a recuperer le surplus d'argent que de malheureux touristes auraient en passant la frontiere.
Pour etre precis, a notre arrivee en Ouzbekistan, on remplit la paperasse habituelle dans laquelle on nous demande notamment la somme d'argent exacte que nous avons en entrant et cette somme doit etre superieure ou egale a la somme que l'on declare en sortant du pays...Sinon, les representants du gouvernement ouzbek (aussi clean soient-ils) estimeraient que l'on aurait gagne de l'argent illegalement dans leur pays (en echangeant au marche noir notamment, qui je le rappelle, est autorise!) ; ils se reservent alors le droit de prendre tout l'excedent.
Des infos de premiere main ont confirme ces dires et il n'est pas rare de croiser des touristes s'etant fait subtiliser des centaines de $ grace a de tels combines.
C'est donc avec quelques centaines de $ dans le boxer (on n'est jamais trop surs!) que j'ai passe cette frontiere mais toutes ces precautions n'etaient pas necessaires puisque personne ne m'a parle de mon argent...
La roulotte servant de douane tajik marque donc l'entree dans le pays le plus petit et le plus pauvre d'Asie Centrale.
******* Quelques faits importants sur le pays *******
Me voici alors au Tadjikistan...
Un pays musulman ferme au monde pendant 100 ans (de 1891 a 1991), un pays qui sort tout juste d'une guerre civile qui l'a meurtri (de 1992 a 1997), un pays tres pauvre ou 70% de la population vit avec moins de 2$ par jour (salaire d'un prof: 50$ par mois!), un pays aux frontieres irregulieres tracees par un Staline qui ne s'est pas du tout soucie des realites ethniques de la region (Bukhara et Samarkand sont deux villes a majorite tadjik appartenant a l'Ouzbekistan), un pays montagneux dont plus de 50% du territoire est situe a plus de 3000m d'altitude et enfin un pays dont les 1300km de frontiere avec l'Afghanistan (qui je le rappelle, produit 90% de l'opium dans le monde) en font l'un des conduits majeurs de la drogue (jusqu'a 50% de l'activite economique du pays est considere comme lie au trafiic de drogue) et, ca va sans dire, l'un des pays les plus corrompus au monde.
Le Tadjikistan a une langue particulierement interessante: tres proche du perse, elle a pourtant sa propore ecriture, en lettres cyrilliques, rappelant ainsi les influences arabes et russes qui n'ont cesse de peser sur le pays et que celui-ci a su assimiler parfaitement.
Pour les plus interesses, voir histoire du pays.
******* En direction des Pamirs *******
De la frontiere, ce sont 6h de jeep sur une route en plus ou moins bon etat (et un tunnel oppressant de plusieurs km, sans eclairage, avec des fuites d'eau de partout et toujours en construction) qui nous attendent pour atteindre la capitale Dushanbe.
Une capitale sans grand interet dans laquelle je passerai 3 petites journees a errer avant de m'embarquer pour la region touristique par excellence du Tadjikistan: les Pamirs!
Mais une region touristique au Tadjikistan est loin de ressembler a une region touristique dans une autre partie du monde... Sur deux semaines dans les Pamirs, j'ai du rencontrer une vingtaine de touristes, dont de nombreux routards de la Soie a velo.
Il faut pas moins de 18 interminables heures de jeep sur une route (un chemin) plutot cahottique longeant sur quelques centaines de km la frontiere afghane au sud pour rejoindre les Pamirs. Une route magnifique si elle n'etait pas aussi errintante!
Mon sejour dans les Pamirs a commence dans la vallee de Wakhan...L'incroyable vallee de Wakhan!!
Cette vallee, qui suit le cours de la riviere Pyanj, frontiere naturelle entre l'Afghanistan et le Tadjikistan, offre des vues splendides sur les montagnes environnantes. Les villages traverses sont authentiques, tout autant que leurs habitants.
Les enfants notamment nous accueillent avec des "hello (mister)" et des sourires jusqu'aux oreilles, parmi les plus sinceres qu'il m'ait ete donne de voir.
Le tourisme, si peu developpe dans cette partie du monde (peut etre est ce du a la guerre civile achevee il y a a peine plus de 15 ans, ou plus probablement a la proximite inquietante, effrayante meme, de l'Afghanistan??!!), n'a pas (encore) modifie le comportement des gens ici et ca se ressent dans l'accueil on ne peut plus chaleureux et sincere (denue de tout interet materiel ou financier) des enfants notamment.
Tous les samedis, on peut cotoyer le pays voisin qui effraie tellement: dans le no man's land entre les deux pays, accourent les marchands afghans avec leurs enormes cargaisons et commencent alors de belles negociations entre afghans, tadjiks et touristes du monde entier pour s'octroyer un pacol afghan, un keffieh, un paquet de the ou encore des chaussures usagees...
Au Tadjikistan, il n'est pas rare d'entendre des lointains "hellos", de chercher quelques secondes d'ou ils peuvent provenir et de s'apercevoir que ceux ci ont ete cries par des locaux qui nous ont apercu a plusieurs dizaines de metres de la... On les voit alors agiter les bras au loin pour nous saluer!!! Vision surrealiste, mais tellement belle!
Il est aussi tres frequent de se faire inviter a manger ou boire le the pour simplement discuter (ou tenter de communiquer) avec les pamiris. La consequence immediate de cet accueil est qu'on (je voyageais alkors avec Bar, israelien) s'est traine du pain et une boite de thons pendant 2 ou 3 jours avant de pouvoir les manger!!!
Au dela de l'invitation en elle-meme et du plaisir de partager le the, les confiseries ou un repas avec ces adorables gens, entrer dans une maison pamiri est un must ici. Elles sont toutes construites sur le meme modele avec la presence inevitable, dans la piece principale, de 5 piliers. Ces 5 piliers representent les 5 piliers de l'Islam, ainsi que les 5 prophetes: Mohamed, Ali, Fatima, Hassan et Hussein. Les familles pamiris apprecient enormement qu'on connaisse la signification de ces piliers. Tout autour de ceux-ci, des sortes d'estrades sur lesquelles sont etales tapis, matelas et coussins. C'est la piece de vie des maisons pamiris. On y mange, on y discute, on s'y repose et on y dort.
Chacune des maisons pamiris arbore aussi un portrait d'Aga Khan... Il est le descendant direct du prophete de l'Islam , Mahomet, par le biais de son cousin Ali et de sa fille Fatima. Il est de ce fait le leader spirituel de la branche islamique Ismaili (chiite), tres presente dans les Pamirs . Milliardaire, il a aide les pauvres de cette region des le debut de la guerre civile et continue de soutenir et financer des dizaines de projets a travers le pays. 49eme immam de la communaute ismaelienne, il est venere dans les Pamirs.
Cette formidable region des Pamirs est traversee de part en part par ce qu'on appelle la "Pamir Highway". Une autoroute qui traverse des paysages magnifiques: des plaines a 4000m d'altitude, des montagnes enneigees, des lacs surnaturels etc...
Des paysages ou il n'est pas rare de voir pousser des yurtes (c'est la saison!) et croiser des troupeaux de chevres ou de yaks.
Mais, cette autoroute est aussi ponctuee de checkpoints ou la "coutume" veut que l'on laisse quelques billets dans les passeports afin d'accelerer le processus d'enregistrement... Tout ceci se fait avec le plus grand naturel!!! C'est deprimant!
Cette piste defoncee qu'on appelle autoroute et qui se fait essentiellement en jeep (les lada sont les meilleures pour ca!) permet de rejoindre le Kyrghyzstan...
******* Changement imprevu de programme *******
C'est ce qui etait au programme...
Mais les emeutes dans le sud du Kyrghyzstan juste au moment ou je m'apretais a passer ont change la donne.
L'impossibilite d'avoir des renseignements surs ni de trouver de transport pour la frontiere, ainsi que la proche expiration de mon visa tadjik m'ont oblige a faire demi-tour et a me taper 35 heures de jeep interminables pour revenir faire prolonger mon passeport sur Dushanbe...
J'y ai ete bloque deux semaines...
Et deux semaines a Dushanbe, dans une capitale "sans grand interet", je vous assure que ca marque!
Les gamins de la capitale, eux, pour se divertir, se baignent nus dans les fontaines de la ville... C'est pour dire!
Il a fallu trouver des occupations... Les aller-retours incessants aux ambassades et aux bureaux administratifs ont rythme ces deux semaines de galere. J'ai vu defiler un par un tous les routards qui revenaient sur Dushanbe pour prendre l'avion ou pour continuer leur periple, mais seul moi restais!
Je n'avais tellement rien a faire que je me suis occupe en regardant les exploits d'une equipe de France de foot pitoyable, que j'ai eu la sensation de travailler pour le lonely planet section culinaire en testant tous les restos de la ville et les specialites locales (les excellentes brochettes appellees shashliks, ou le bon petit plov (carottes, oignons, riz et viandes baignes dans l'huile et cuits au feu de bois), ou encore cette excellente soupe nommee borj...), que je me suis surpris a aller a l'Opera assister a un ballet (extraordinaire!!), et que pour passer le temps et des journees qui n'en finissaient plus, je suis meme tombe jusqu'a aller au zoo de Dushanbe!!! Un zoo ou l'on peut voir 12 ours en cage (il semble que tous les ours du pays soient ici!), des cages vides, des chiens dans des cages et meme un chien dans la meme cage que deux lions... Bref, un depaysement total!
Une fois mon visa tadjik prolonge et mon visa chinois accepte et delivre, j'ai fete ca avec un trek de 5 jours dans les montagnes des Fan, a l'ouest du pays, histoire de ne pas finir ma visite du Tadjikistan par la note de sa capitale, plutot negative! Ce trek, je l'ai fait avec un suisse et il nous a amene a 3800m d'altitude et fait traverser des paysages grandioses... Une bonne bouffee d'air frais pour oublier que le principe meme de mon periple tombait a l'eau: je ne serai pas arrive a rejoindre Pekin depuis Paris par la terre...Les emeutes au Kyrghyzstan et l'absence d'informations au sujet du passage de la frontiere et de la securite m'ont force a faire ce que je m'etais refuse de faire: prendre un avion... Celui-ci m'emmenera de Dushanbe a Bishkek, et me fera survoler cette zone de conflit, plutot que de la traverser...