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Le 15 juillet 2010
 Un pays ou il fait bon se marier...

******* Un brin d'histoire, pour mieux comprendre *******
 
Inutile de remonter tres loin car le passe historique du Kirghizstan semble bien derisoire face aux evenements qui s'y deroulent actuellement...

Lors de son independance en 1991, le peuple kirghiz elit Askar Akayev comme president.
Mais, au meme moment, des violences ethniques entre les kirghizs et les ouzbeks frappent le sud du pays. Encore une consequence directe du trace ridicule des frontieres par Staline dans les annees 30: une region majoritairement ouzbek se trouvant en plein milieu du Kirghizstan.
Les emeutes qui ont eu lieu cette annee (ne me dites pas que vous n'en n'avez pas entendu parler) ne sont qu'une redite de celles de 1991, ou de celles de 2005... C'est triste mais il semblerait que ces deux ethnies se haissent...

Pourri par la corruption, le nepotisme et le despotisme, le gouvernement d'Akayev subit en 2005 la colere du peuple qui brule notamment des batiments gouvernementaux. La Revolution des Tulipes se met alors en place et elle a pour effet la fuite du president Akayev par helicoptere et sa demission... 
Les elections qui suivirent propulsent le leader de l'opposition Bakiyev, a la tete du pays...
Peu de temps apres, ce gouvernement se retrouve accuse des memes vices que celui qu'il a renverse! (Bienvenue en Asie Centrale!)

Le peuple montre alors des 2006 des signes de mecontentement et met la pression sur le nouveau president.
Mais, ce n'est bel et bien que cette annee que l'histoire s'est repetee: face a une forte opposition (a laquelle le gouvernement repond par une extreme violence) , le president s'enfuit en helicoptere et tente d'y ranimer les conflits ethniques du sud du pays pour profiter d'un desordre social et revenir...
Ces emeutes feront plus de 2000 morts. La situation dans le sud du Kirghizstan est toujours tres instable. Le gouvernement interimaire tente de faire face a ces haines inter-ethniques incontrolables. Voila ou en est le pays actuellement... C'est deprimant!


******* Recit *******
 
Un vieil avion russe de la Tajik Air m'a donc depose sur le tarmac de la capitale kirghize, Bishkek... Malgre l'aspect assez inquietant de ce vieux tupolev, le vol ne s'est pas trop mal deroule...

Bon, mais avec toutes les difficultes et imprevus lies a mon passage au Kirghizstan, mon temps y est compte...
J'ai passe les premiers jours a Bishkek. Une capitale ou je ne retiendrai pas grand chose finalement... On se sent presqu'en Russie ici.
Les gens sont un agreable melange de russes, de chinois, d'ouzbeks et de kirghizes (bien que tout le monde ici ne qualifierait pas d'"agreable" le melange avec les ouzbeks...) Le culte voue a Lenine est encore bel et bien palpable: dans les rues (la rue principale de chaque ville du pays porte son nom), dans les monuments (une statue au moins de Monsieur Vladimir Ilitch Oulianov est presente dans chaque ville) et dans le musee national de Bishkek ou tout un etage est dedie aux exploits de ce fameux revolutionnaire...
Sinon, la ville est encore marquee par la revolution tres mediatique qui a lieu en ce debut d'annee: un batiment gouvernemental brule en plein centre et une expo des plus marquantes dans le musee national.

De Bishkek, un mashrutka (minibus) m'a emmene en une poignee d'heures sur la rive nord de l'immense lac Issyl-Kul. Une station balneaire sans le moindre interet ou les plages sont bondees (tout est relatif...c'est pas La Baule non plus!) de touristes essentiellement russes venus ici profiter du soleil, de la plage et de toutes les infrastructures qui vont avec: hotels en tout genre, restos par centaines et karaokes crachant leurs interpretations souvent mediocres jusqu'a pas d'heure... de quoi faire oublier la beaute des lieux...

Je n'ai pas fait long feu dans le coin. Direction Karakol, a l'est du lac.
Un point de depart pour de nombreux treks tres connus et reconnus. J'en ai fait un de 5 jours avec un suisse (decidement, ils sont partout!).
Une balade assez exigeante qui nous a emmene a 3860m d'altitude au maximum et nous a fait traverser des regions tres alpines. 5 jours marques par des traversees de torrents plutot perilleuses (soit par des petits ponts de bois de fortune, soit a l'ancienne: pieds nus... dans une eau tellement froide que je recomptais mes doigts de pieds a chaque fois pour m'assurer qu'ils etaient bien toujours tous presents...) , par des descentes effrayantes (en tout cas pour moi!), par des petits detours que je n'arrive toujours pas a expliquer, par des passages dans la neige a s'y enfoncer jusqu'a mi-cuisses, mais recompenses par la decouverte d'un lac a 3500m d'altitude, partiellement gele et par une baignade bien meritee dans des sources d'eaux chaudes... Bref, que du bonheur!
Situation surrealiste pendant ce trek: mon ami suisse, Chris, voulait savoir le degre de la pente qu'on venait de monter avec les seules indications de la carte qu'on avait sous la main... Nous voila donc a la frontale, sous la tente perchee a quelques 3000m d'altitude, planchant chacun de notre cote sur cet exercice de maths improvise!! Comme quoi, les maths, ca sert vraiment tout le temps!!??!!

Mais, jusqu'alors, je regrettais vraiment de n'avoir pas du tout rencontre la population kirghize, ni d'avoir pu decouvrir la facon de vivre des nombreux nomades du pays.
Car, si je devais m'arreter sur l'impression que j'avais alors des habitants de ce pays, j'aurais eu tendance a dire qu'ils sont touches par un taux d'alcoolisme a en faire palir les meilleurs russes dans ce domaine... Il n'est en effet pas rare d'en voir decuver sur les trottoirs, casi mourrants; d'en voir tituber a droite a gauche ou d'avoir un semblant de conversation avec un poivrot qui tient absolument a te parler anglais dans le bus, devant sa femme, honteuse, alors que le seul mot anglais qu'il connaisse semble etre "football"; le reste etant un melange de russe, d'anglais, de kirguize et de rots... Le tout a 11h du mat' bien evodemment...

J'ai consacre mes derniers jours a tenter de quitter le pays avec une autre idee des kirghizes.
Pour cela, une rando de deux jours m'a permis d'atteindre les rives du lac Song-Kul, ou de nombreuses familles de nomades viennent passer les 3 ou 4 mois d'ete afin que leurs troupeaux de vaches, chevaux ou chevres viennent jouir d'un paturage verdoyant. Ces nomades vivent durant ces quelques mois dans des yourtes et une des ces familles m'a invite a dormir dans la leur. J'ai donc pu assister a a peu pres toutes les etapes de la vie quotidienne de ces nomades entre juin et septembre: traite des vaches, chevres et juments, regroupement des troupeaux a la tombee de la nuit, repas presqu'entierement constitues des produits animaliers (le Kumiz, boisson a base du lait de jument, qu'il faut apprecier parce que on te l'offre toutes les 5 minutes! et le Kamiak)
Bref, un vrai moment de bonheur et d'authenticite partage avec cette famille!
Ideal pour finir ces quelques jours au Kirghizstan...

Suite a cette experience inoubliable, ce sont quelques petites heures de jeep sur une piste defoncee qu'il me suffira pour atteindre la frontiere chinoise, ultime etape de ce periple! Ce poste-frontiere offre une sensation de bout du monde: pendant des heures, les paysages traverses sont immenses et deserts. Seuls quelques yurts osent s'y poser le temps de quelques mois et quelques troupeaux de yaks s'y aventurer...
Puis, la frontiere apparait au milieu de nulle part... On la repere cependant a des km grace a cette file interminable de camions de marchandises faisant la navette entre les deux pays et avancant au ralenti...

Je quitte donc ce beau pays qu'est le Kirghizstan... Un beau pays qui est plus ouvert au tourisme que ces voisins d'Asie Centrale grace au choix incroyable de randonnees qu'on peut y faire. Un pays en perpetuelle instabilite qui essaie tant bien que mal de lutter contre le fleau de cette region du monde: la corruption; et d'allier une modernite qui lui tend les bras avec le desir indiscutable de garder intactes ses coutumes et traditions... Pour n'en citer qu'une, le kidnapping de sa future femme est, de loin, celle qui marque le plus... Cette etrange coutume existe encore dans les campagnes kirghizes: pour "demander" une femme en mariage, on kidnappe celle de son choix dans la rue, puis on verse le montant traditionnel a sa famille et vous voila unis par les liens sacres du mariage... C'est beau l'amour!

 
 
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